À l’initiative de la SFR Confluences, une soirée-débat animée entre autres par Chadia Arab était organisée vendredi 28 mars à la Faculté Droit Économie Gestion de l’Université d’Angers, sur le thème « Racismes d’État, xénophobie institutionnelle ». Parmi les intervenants, Djamel Blanchard, animateur de Pas Sans Nous 49 et du collectif Angers antiraciste et anticolonial, Jamel Rouichi (professeur d’arabe au lycée Du Bellay, et bien entendu Olivier Lecour Grandmaison, qui vient de publier « Racismes d’États, États racistes, une brève histoire » aux éditions Amsterdam.

Faisant référence à un autre de ses ouvrages, « Coloniser, exterminer. Sur la guerre et l’État colonial » (Fayard, 2005), Olivier Lecour Grandmaison (OLG) a évoqué l’invisibilisation systématique des ouvrages sur le racisme en France, ce qu’il nomme la « censure démocratique » : tel livre qui dérange n’est pas interdit, simplement on n’en parle pas dans les principaux médias.
Selon lui, n’en déplaise à l’ancien ministre de l’Éducation, Jean-Michel Blanquer, la notion de racisme d’État n’est pas une invention « wokiste » issue des lointains États-Unis au passé esclavagiste, mais un concept établi par Michel Foucault en 1976 à propos de la France. Concept à distinguer d’ailleurs de la notion d’État raciste, qui, lui, s’applique notamment à l’Allemagne nazie.
La race est ainsi une construction politique visant au départ à justifier la colonisation française de la fin du 19e siècle, et serinée entre autres dans le système scolaire via, par exemple, Le Tour de la France par deux enfants écrit par G. Bruno, pseudonyme d’Augustine Fouillée, femmes de Lettres française (1833-1923) et paru en 1877. Si l’objectif principal de cet ouvrage est de maintenir la nostalgie de l’Alsace-Lorraine annexée à la Prusse en 1871, il comporte (page 184) un passage notable sur la hiérarchie des prétendues « races » (« blanche », présente de l’Europe à l’Asie occidentale en passant par l’Afrique du Nord, mais aussi « rouge » avec les Indiens d’Amérique, « jaune » en Asie orientale, Chine et Japon, et « noir » en Afrique et sud de l’Océanie). Bien entendu, dans cette conception, nous dit l’autrice, « la race blanche [est] la plus parfaite des races humaines ».
Olivier Lecour Grandmaison a également rappelé la phrase prononcée par Jules Ferry le 28 juillet 1885 à la Chambre des Députés, en pleine conquête de l’Indochine, dans laquelle il affirme que « les races supérieures […] ont le devoir de civiliser les races inférieures »… De fait, ce racisme institutionnel n’est pas venu du peuple, mais des élites et des pseudo-scientifiques ès-craniologie comme Paul Broca sous la IIIe République : selon lui, les Noirs (et les femmes !) étaient « inférieurs » du fait d’une capacité crânienne prétendument plus petite que celle des grands hommes blancs… [1]
OLG mentionne aussi l’importance de la xénophobie d’État et des lois d’exception, comme celle adoptée à l’initiative du ministre de l’Intérieur radical Albert Sarraut en 1938 et qui a servi à emprisonner dans des camps de concentration les centaines de milliers de républicains espagnols qui fuyaient la dictature de Franco en janvier-février 1939 (la « Retirada »). Des milliers d’entre eux (entre 15 000 et 50 000 selon les historiens) sont morts des suites des conditions de vie innommables dans ces camps.
De même, la loi d’exception votée par le Parlement en 1955, au début de la Guerre d’Algérie (1954-1962), loi instituant « l’état d’urgence » quand les institutions sont « menacées », a été réactivée en octobre 2005 par Dominique de Villepin, alors que des banlieues s’enflammaient. Dans de nombreux quartiers populaires, notamment en Seine-Saint-Denis, les libertés démocratiques ont été ainsi carrément suspendues.
Concernant une période plus récente, il a également évoqué la différence de traitement des réfugiés selon la couleur de leur peau. En effet, alors que les demandeurs d’asile originaires du Sud (africains par exemple), sont soumis à des délais de procédure extrêmement longs (environ deux ans et demi), les réfugiés ukrainiens, en 2022, ont bénéficié - et tant mieux pour eux-, d’une procédure accélérée pour l’intégration, le travail, l’école, etc. Ces mesures d’inspiration européennes, qui devraient être la règle pour tous les migrants, ne sont pas appliquées aux ressortissants du « Sud global », comme on dit maintenant. Comment ne pas y voir une discrimination criante, un véritable racisme d’État ?
De fait, les exilés du Sud qui fuient la guerre (Afghans, Soudanais, etc.), la misère et le chômage, ou bien encore les catastrophes climatiques provoquées par les pollutions des pays industrialisés de longue date du Nord, sont pensés comme une menace.
De même, l’État français a été condamné à plusieurs reprises pour avoir laissé réaliser des contrôles au faciès. Olivier Lecour Grandmaison témoigne qu’il n’a lui-même jamais été contrôlé dans la rue, ce qu’il considère comme relevant d’un « privilège blanc ». En matière de contrôle, il a aussi rappelé la mise en place en France en 1912 d’un carnet anthropométrique des nomades, réalisé selon les normes en vigueur pour les criminels, allégé en 1969, mais supprimé seulement en 2017 sous la menace d’une condamnation par les institutions européennes… Pour faire bonne mesure, et parce qu’il n’était pas inscrit sur le visage d’un « nomade » qu’il l’était, les véhicules des gens du Voyage portaient une plaque spéciale d’immatriculation portant la mention « loi du 16 juillet 1912 » !
Djamel Blanchard, militant angevin issu de la Roseraie, l’un des quartiers populaires d’Angers, a ensuite pris la parole pour illustrer cette même thématique. Il parle des condamnations de la Préfecture de Maine-et-Loire pour des manquements dans la délivrance des papiers aux demandeurs d’asile, manquements qui pourrissent les conditions de vie de ces derniers, notamment comme obstacles pour avoir un travail, un logement, l’accès à l’école pour les enfants, etc. Il évoque aussi l’exclusion de fait d’une délégation locale de Gens du voyage venus déposer une gerbe à l’occasion de l’inauguration en octobre 2016 par François Hollande d’un monument commémoratif de l’internement des Tsiganes à Montreuil-Bellay.
Dans la salle, une intervention a également ciblé les obstacles à la consultation des archives coloniales auxquels a dû faire face l’historienne Armelle Mabon, notamment sur le massacre commis à Thiaroye le 1er décembre 1944, par l’armée française, de plusieurs centaines de tirailleurs sénégalais qui réclamaient simplement le paiement de leur solde.
Bref une intervention brillante et extrêmement enrichissante d’Olivier Lecour Grandmaison, suivie d’une soirée-débat de même niveau. Un seul regret : la faible affluence (environ 50 personnes).
[1] Broca et surtout Gustave Le Bon postulaient arbitrairement une relation mécaniste de proportionnalité entre volume de la boîte crânienne et intelligence, jusqu’à occulter le lien pourtant trivial entre ce volume et la corpulence de l’individu adulte. Les femmes, plus petites en moyenne que les hommes, étaient donc, selon eux, moins intelligentes, tandis que les ethnies colonisées de petite taille se situaient tout en bas d’une échelle dominée par les bourgeois parisiens ! Lire à ce propos Evelyne Peyre et Joëlle Wiels [De la nature des femmes et de son incompatibilité avec l’exercice du pouvoir : le poids des discours scientifiques depuis le XVIIIe siècle. Les cahiers du CEDREF, Hors série(2) : 127-157, 1996]. Herbert Spencer développa une argumentation assez voisine sur la taille des mâchoires des « races sauvages » relativement à celle des « britanniques civilisés »...
- samedi 13 juin à 15h : Rassemblement angevin hebdomadaire de solidarité avec le peuple palestinien. Place du Ralliement à Angers.
- jeudi 18 juin à 19h : Survie49 organise une rencontre-débat avec Pauline Tétillon autour du rapport : « Que reste-t-il des intérêts français en Afrique ? » Au TERRIL, 18 rue du Haras à Angers.
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Il y a aujourd’hui 82 ans que le résistant internationaliste nantais Robert Cruau était abattu à Brest par la Gestapo. Huit décennies après sa mort, Robert Cruau reste pour beaucoup un inconnu. Il fut pourtant un militant ouvrier internationaliste exceptionnel. Son histoire exemplaire reste à écrire. Lire la suite ici.
Ce samedi 5 octobre sera commémoré à Brest le 81ème anniversaire des arrestations (le 6 octobre 1943) des résistant·e·s du POI (organisation trotskyste) qui avaient contribué à l’édition du journal antimilitariste Arbeiter und Soldat et de l’assassinat par les nazis du camarade Robert Cruau. Deux plaques commémoratives bilingues, en allemand et en français seront posées à cette occasion. L’association Les amis d’Arbeiter und Soldat organisera également un colloque le même jour. Le numéro 2 du bulletin de l’association, numéro spécial pour cette journée d’hommage, sera distribué aux participant·e·s aux cérémonies et au colloque. On peut le consulter en ligne ou en PDF.
Le Bureau exécutif de la IVe Internationale vient de publier un appel intitulé : 76 ans après la Nakba, construisons un mouvement international pour la Palestine !. Il y rappelle que la IVe Internationale se bat contre l’impérialisme, d’où qu’il vienne, pour les droits des Palestinien·ne·s, la fin de l’occupation, le droit au retour des réfugié·e·s, pour mettre fin au colonialisme israélien et pour un État démocratique et laïque où toutes et tous les citoyen·ne·s jouiraient des mêmes droits. La IVe Internationale met toutes ses forces dans la construction du mouvement de solidarité avec la Palestine, avec la résistance du peuple palestinien, contre les génocide et épuration ethnique en cours à Gaza.
Le projet de manifeste écosocialiste intitulé « Rompre avec la croissance capitaliste, pour une alternative écosocialiste » adopté par le Comité international de la IVe Internationale de février 2024 doit être discuté au prochain congrès de la IVe Internationale en février 2025. Afin de l’ouvrir au débat le plus largement possible, il est désormais accessible à toutes et tous sur le site de la IVe Internationale.
La librairie sociale et militante Les Nuits bleues, 21 rue Maillé à Angers, avait organisé le 13 décembre une rencontre avec Frédéric Dabouis, auteur de « La Révolution comme horizon », dont nous avions publié une première interview ICI. L’enregistrement de cette rencontre consacrée à l’histoire du mouvement ouvrier angevin révolutionnaire entre 1914 (début de la guerre, de l’union sacrée et des premiers opposants à celles-ci) et 1923 (début de la stalinisation du PCF) vient d’être mise en ligne sur le site de la librairie (à la fin de l’article qui avait été rédigé pour la réunion). À vos écouteurs !