Point d’histoire : la république de Weimar

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Alors que la droite française, de Bayrou à Macron, de Retailleau à Ciotti, semble déjà prête à pactiser avec le RN de Le Pen et Bardella, il n’est pas inutile de revenir sur l’histoire de la république de Weimar, et notamment de sa fin catastrophique :
-  quand les partis bourgeois du centre et de la droite livrèrent clé en main l’État allemand à Hitler et à sa bande criminelle ;
-  quand les divisions, erreurs stratégiques et trahisons diverses des gauches socialiste et communiste empêchèrent toute riposte de la classe ouvrière.

C’est l’objet de l’exposé présenté ici par un camarade du NPA49.

LA RÉPUBLIQUE DE WEIMAR

L’Allemagne en 1914

La Social-Démocratie (SPD), fondée en 1869, compte 1 million d’adhérents (80 000 en France), sa presse tire à 1,5 millions d’exemplaires, il y a 3 millions de syndiqués (1 M en France). Aux élections législatives de 1912, le SPD a obtenu 4,2 M de suffrages, soit 35 % des voix (premier parti d’Allemagne) et son groupe parlementaire SPD compte 110 députés (101 en France pour la SFIO en 1914). Le SPD est le plus puissant des partis socialistes du monde. Pour Lénine, c’est le phare de la révolution sinon mondiale, du moins européenne, avec sa classe ouvrière la plus éduquée du monde et la plus organisée. Rosa Luxemburg était plus méfiante, à cause des tendances révisionnistes (Bernstein) et de la bureaucratisation progressive du parti et des syndicats.

La déclaration de guerre

La plupart des partis socialistes des grandes puissances (SPD, SFIO…) se rallient à l’Union sacrée dans toute l’Europe en guerre, sauf les Russes (POSDR) et les Serbes. En Allemagne, Rosa Luxemburg est emprisonnée, Karl Liebknecht, mobilisé, a voté contre les crédits de guerre en décembre 1914.
-  Il faut attendre 1915 et 1916 pour que se tiennent deux conférences internationales en Suisse (Zimmerwald et Kienthal) qui affirment le refus de l’Union sacrée avec la bourgeoisie.
-  le SPD se divise en 3 courants : à gauche la minorité Spartakiste autour de Liebknecht et Luxemburg, au centre l’USPD (Parti socialiste indépendant, pacifiste), fondé en 1917, et à droite le SPD majoritaire.

La révolution de novembre 1918

Les marins de la flotte allemande stationnés à Kiel se révoltent le 4 novembre 1918, des conseils de soldats se forment, des grèves éclatent un peu partout, une république des Conseils est fondée en Bavière, une République socialiste est proclamée à Berlin le 9 novembre par Liebknecht, une république tout court le même jour par un dirigeant du SPD, l’Empereur abdique et l’armistice est signé le 11 novembre.

Friedrich Ebert (SPD) est nommé chancelier, et le pouvoir exécutif tombe aux mains d’un Conseil des Commissaires du Peuple composé de 3 dirigeants SPD et 3 USPD. En janvier 1919, à Berlin, une tentative d’insurrection spartakiste animée par le tout nouveau KPD est écrasée par l’armée avec laquelle Ebert avait fait un pacte. Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht sont assassinés le 15 janvier.

Le 19 janvier 1919, une Assemblée constituante est élue. Le SPD obtient 38 % des voix, l’USPD 8 % (le KPD appelait à l’abstention). L’Assemblée se réunit à Weimar en février : le nouveau gouvernement est composé de 14 ministres : 6 SPD, 3 Zentrum, 4 démocrates (libéraux), 1 sans parti. C’est la coalition de Weimar. En 1920, une majorité de l’USPD fusionne avec le KPD.

S’ensuivent 4 ans d’instabilité (putsch manqué de Kapp-Luttwitz en mars 1920, « Action de mars » 1921 du KPD, occupation de la Ruhr par l’armée française en janvier 1923 qui entraîne une inflation galopante, insurrection de Hambourg en octobre 1923, tentative de putsch nazi en novembre 1923). La coalition va diriger le pays jusqu’en 1922 et après s’être élargie sur la droite, jusqu’en 1930.

La fin de la République de Weimar

En 1925, après le décès d’Ebert, c’est Hindenburg, un maréchal, l’ancien chef du Grand État-Major de 1916 à 1918 (de fait, dictateur militaire), un grand propriétaire foncier de Prusse orientale, qui est élu président de la république (au suffrage universel).

Aux élections de 1928, le SPD a 30 % des voix, le KPD 11 %, le Zentrum 12 %, le DNVP (= Nationaux-Allemands du patron de presse nationaliste Hugenberg) 15 %, le Zentrum et le BVP (= populistes bavarois) 15 %, le DVP (Stresemann) 9 %, le DDP 4 % et les Nazis seulement 2,6%. De 1928 à 1930, c’est Hermann Müller (SPD) qui dirige le gouvernement de « grande coalition », composé de ministres SPD, DVP, DDP, BVP, 1 Zentrum.

La nouvelle majorité laisse dans l’opposition à gauche le KPD et à droite le DNVP et les Nazis du NSDAP, fondé en février 1920. C’est ce gouvernement qui fait le choix du réarmement, avec en particulier la décision prise en août 1928 de construire un nouveau cuirassé : or la base du SPD, surtout à Berlin, fait campagne contre, si bien que le groupe parlementaire SPD vote contre au Reichstag, y compris les ministres qui avaient soutenu cette décision, votée par le centre et la droite…

Le 1er mai 1929, l’Internationale communiste dont le 6e congrès avait adopté la tactique « classe contre classe » dirigée avant tout contre les « social-fascistes », appelait à des manifestations de masse. A Berlin, la manifestation du KPD est interdite par le préfet de police social-démocrate, Zoergiebel. La répression fait 33 morts et une trentaine de blessés graves.

La crise de 1929 (krach de Wall Street le jeudi 24 octobre 1929) touche l’Allemagne dès 1930 : la production industrielle chute de 40 % entre 1929 et 1932. Le chômage bondit de 2 à 6 millions, ce qui alimente la montée du parti nazi, qui se lance dans une démagogie sociale antisémite (expropriation des entreprises juives).

Le budget de l’Etat est en déficit, la bourgeoisie veut la baisse des allocations de chômage et de tous les secours, que les syndicats refusent. Le SPD est alors en porte-à-faux, et Hermann Müller, privé du soutien de la majorité du groupe parlementaire SPD, démissionne (27 mars 1930). Le nouveau chancelier désigné par le président Hindenburg est Heinrich Brüning, chef du Zentrum.

Le 14 septembre 1930, les élections législatives donnent 25 % (-5 %) au SPD, 13 % au KPD (+2,5 %), 18 % aux Nazis (+ 15 %), 15 % au Zentrum, 7 % au DNVP (- 7 %), 4,5 % au DVP (Populistes, - 4 %) et le reste à une constellation de partis de droite. Commence alors une période où, en l’absence de majorité au Parlement, Brüning va gouverner par décrets-lois pendant 2 ans, grâce à l’article 48 de la Constitution de Weimar. Le Reichstag est mis entre parenthèses pendant 2 ans. Brüning prend toute une série de mesures antipopulaires (baisse de 10 % des salaires des fonctionnaires, baisse des allocations de chômage et hausse des cotisations, nouvel impôt sur le tabac…).

Pendant 2 ans, le SPD « tolère » le gouvernement Brüning au nom du « moindre mal ». Par exemple, il accepte de voter pour les subventions aux grands propriétaires fonciers de Prusse orientale, de voter le budget en 1931 et de « mettre en vacances » le Reichstag pendant 6 mois. Le KPD, de son côté, considère que son principal ennemi, c’est le SPD (« l’arbre national-socialiste ne doit pas cacher la forêt social-démocrate »

En mars 1932, à l’élection présidentielle, le SPD soutient dès le 1er tour Hindenburg, qui arrive en tête (49,6 %) face à Hitler (30 %) et Thaelmann (KPD, 13,2 %). Le 10 avril, au second tour, Hindenburg est réélu avec 53 %, Hitler obtient près de 37 % et Thaelmann 10 %. Les SA regroupent 400 000 membres et s’attaquent systématiquement au mouvement ouvrier. Le 13 avril, ils sont dissous en même temps que les SS.

Les industriels et l’armée font pression sur Hindenburg pour qu’il se débarrasse de Brüning, jugé trop à gauche (proposition de réduire la durée du travail pour embaucher des chômeur)s… Brüning démissionne le 30 mai 1932, il est remplacé par Von Papen, qui forme « le gouvernement des barons ». Minoritaire au Parlement, Von Papen le dissout le 4 juin, réautorise les SA le 17, et surtout dissout le gouvernement social-démocrate de la Prusse le 20 juillet. L’armée prend le contrôle de la Prusse, bastion social-démocrate depuis 1918. Le SPD ne réagit pas.

Aux législatives du 31 juillet 1932, les rapports de force électoraux ne bougent pratiquement pas (SPD et KPD totalisent encore 36 % des voix), sauf au profit des Nazis (37 %). Le gouvernement Von Papen repose sur une tête d’épingle au Reichstag (42 députés contre 512). En août, pendant que les SA font des dizaines de morts communistes, des conversations secrètes entre Von Papen, Hindenburg et Hitler échouent. Du coup, le Reichstag est à nouveau dissous le 12 septembre.

Aux législatives du 6 novembre 1932, les Nazis arrivent encore en tête (33 %), mais perdent 4%. L’écart entre le SPD (20 %) et le KPD (17 %) se resserre, le Zentrum tombe à 12%. Pour la bourgeoisie et les grands propriétaires fonciers, aucune majorité parlementaire et dans le pays n’est plus possible sans les Nazis, qui commencent à décliner. Il y a urgence : Hitler, qui discute avec les gros industriels, refuse d’être vice-chancelier.

Finalement, le 30 janvier 1933, Hindenburg nomme Hitler chancelier dans un ministère qui comprend 3 nazis et 9 ministres de droite, dont Hugenberg et plusieurs barons du ministère précédent.

Le camp de concentration de Dachau ouvre le 20 mars. Il « accueille » aussi bien les opposants socialistes que communistes…

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N.B. : pendant la République de Weimar, chacun des grands partis a sa milice d’autodéfense :
-  DNVP (nationalistes) : le Stahlhelm (Casques d’acier), fondé en 1918, entre 500 000 et 1 M de membres, dissous en 1935.
-  SPD : la Reichsbanner, fondée en 1924, entre 1,5 et 3 millions de membres, dissoute en 1933.
-  KPD : la Ligue des Combattants du Front rouge, fondée en 1924 (130 000 membres en 1929, interdite le 6 mai 1929 en Prusse.

24 avril 2025, par NPA 49

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