À PROPOS D’UNE GROSSE ARDOISE…

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Si l’on en croit, par exemple, le Courrier de l’Ouest du 28 janvier, la Mairie d’Angers réclame à nos camarades du NPA-Révolutionnaires de Maine-et-Loire de régler une facture de 24 000 euros pour rembourser les frais de nettoyage des affiches qu’ils ont apposées à l’automne pour annoncer leur fête locale. Cette demande est carrément exorbitante : à supposer que la moitié de leurs 400 affiches aient été collées « illégalement », c’est-à-dire en dehors des panneaux d’affichage libre, ça fait cher de l’affiche décollée (120 euros !). À ce tarif-là, nous voulons bien sous-traiter l’opération pour le compte de la mairie la prochaine fois…

C’est donc à juste titre que le NPA-R dénonce une « procédure-baillon » destinée à les faire taire. La méthode n’est pas nouvelle : en d’autres temps, sous ce que les historiens appellent la Monarchie de Juillet (1830-1848), les amendes pleuvaient sur la presse de l’opposition républicaine pour l’empêcher de s’exprimer.

Mais l’arnaque municipale ne doit pas masquer un problème de fond : comment de petites organisations qui ne possèdent ni chaînes de télé style Bolloré, ni quotidiens nationaux comme le même Bolloré ou la famille Dassault, peuvent-elles transmettre un message au public, hors campagnes électorales ?

Des lois et décrets protégeant l’affichage d’opinion ?

La question pouvait paraître résolue par les lois et décrets d’applications adoptés dans les années 1979-1982, qui ont instauré pour chaque commune l’obligation d’installer, pour éviter l’affichage dit sauvage, des panneaux d’affichage d’opinion, à raison de tant de mètres carrés par habitant. Mais cette réglementation était d’emblée plus que limitée : par exemple, pour Angers (157 555 h en 2022 selon l’INSEE), l’application stricte de la loi (12 m² + 5 m² par tranche de 10 000 h) signifierait, à raison d’environ 3 m² par panneau, l’obligation d’avoir… 29 panneaux distants de moins d’un km chacun ! Royal ! De fait, la municipalité de Jean Monnier élue en 1977, à dominante socialiste avant de devenir socialo-centriste, avait vu plus large que la réglementation officielle : en 1986 en effet, selon une carte officielle des panneaux d’affichage libre installés par la mairie, il y avait à Angers pas loin de 150 panneaux , avec une densité assez forte dans les quartiers populaires.

L’affichage libre à Angers : une peau de chagrin !

Mais l’érosion a commencé dès les années 1990 : en 1999, toujours selon un document municipal, il ne restait plus officiellement que 133 panneaux, réduits à moins d’une centaine (96 pour être précis) selon une liste de nettoyage hebdomadaire éditée en mars 2006 par le service municipal concerné. Aujourd’hui, selon notre décompte, il ne reste plus, sauf erreur, que 63 panneaux, et encore si celui de la Maison de quartier Jacques Tati à Belle-Beille n’a pas été déraciné depuis notre dernier passage ! Car la mairie, de fait, supprime des panneaux au fur et à mesure qu’elle rénove les places (le phénomène n’est d’ailleurs pas spécifique à la gestion Béchu, mais il s’accélère). De fait, l’espace d’expression timidement accordé aux partis politiques par la gauche des années 80 se restreint de plus en plus. Mais il y a un second problème…

Affichage d’opinion ou publicitaire ?

En effet, ces panneaux, qui sont, dès le départ, destinés aussi – selon les termes officiels - à la « publicité relative aux activités des associations sans but lucratif », sont considérés aujourd’hui à Angers comme « d’affichage libre » (c’est d’ailleurs ce qui est indiqué sur certains d’entre eux), une formulation qui en élargit considérablement le champ d’utilisation.

Or il n’est pas besoin d’être grand clerc pour constater que ces panneaux sont quasiment monopolisés par l’affichage commercial, pour des spectacles payants annoncés des mois à l’avance, et ayant lieu souvent très loin d’Angers (Nantes, Rennes, etc.). Du coup, même les événements programmés dans les maisons de quartier d’Angers deviennent invisibles au sens propre.

Quant aux événements politiques, dans ces conditions, la seule solution pour les militant-e-s, c’est de coller leurs affiches le seul jour où il n’y a pas de colleurs professionnels, c’est-à-dire le dimanche, pour une durée de vie desdites affiches limitée à 24, voire 48 h au mieux ! Du coup, pour que l’information soit visible durablement, la tentation de coller en dehors des panneaux réservés ne peut qu’être forte.

Quelles solutions ?

La première chose à faire - au niveau législatif -, ce serait de clarifier la loi et de réserver les panneaux d’affichage d’opinion… à l’affichage d’opinion ! Par exemple en obligeant les municipalités à installer des panneaux différenciés pour l’affichage politique, les associations ou les lieux culturels. Ensuite, ce réseau de panneaux d’affichage doit être dense et visible de la population : à proscrire donc sur les ronds-points routiers (plusieurs exemples à Angers !), mais à installer, comme c’était d’ailleurs le cas il y a quarante ans, près des écoles, collèges, lycées, dans les centres commerciaux, sur les places publiques, etc.

Bien entendu, il n’y a rien à attendre sur ce terrain de la municipalité en place, et pas plus du gouvernement que son chef soutient. Et en cas de changement, ce que nous souhaitons fortement, il y aura surtout bien des questions plus urgentes à régler, par exemple au niveau de la gratuité des transports publics (pas seulement le week-end !) et du logement social. Mais il ne faut pas pour autant oublier la question de l’expression démocratique dans l’espace public...

29 janvier, par NPA 49