Municipales : crise de représentation de la bourgeoisie. Une alternative à construire !

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Crise sanitaire, crise économique, crise sociale, et donc crise démocratique (“Krach démocratique” comme l’éditorialise le Courrier de l’Ouest du 29/06/2020)… Avec une abstention record (58,4% !), le second tour des municipales confirme le premier tour. Le système dit démocratique organisé par et pour ceux d’en haut ne marche plus.

C’est notamment visible en Maine-et-Loire. Le maire DVD d’Angers, C. Béchu, peut bien parader dans le journal municipal après sa réélection sans opposition crédible au 1er tour, il n’aura recueilli que 17267 voix, soit 56,0% des votant.e.s et 19,2% des inscrit.e.s : moins d’une voix sur cinq ! [1] La liste du maire de droite extrême de Cholet, G. Bourdouleix, obtient quant à elle 54% des exprimé.e.s au 2e tour, mais seulement 19,4% des inscrit.e.s. À Avrillé et Bouchemaine, les listes DVD de C. Houssin-Salvetat et V. Maillet obtiennent respectivement 16,5% et 19,5% des inscrit.e.s. Seule en Maine-et-Loire, la liste du maire DVG de Saumur, J. Goulet, réussit de justesse à franchir la barre de 20% des inscrit.e.s. Pas de quoi pavoiser...

Le désaveu des partis institutionnels et surtout de LREM, dont les principaux représentants et candidats sont largement sanctionnés à l’exception du Premier ministre au Havre, rejoint la colère contre tout un système et ceux qui le défendent. Les dures semaines de la pandémie qui ont succédé à un mouvement social contre la réforme des retraites, la gestion désastreuse de l’épidémie par ce gouvernement, son mépris toujours vérifié envers les classes populaires… c’est tout ce qui a nourri la sanction contre Macron, ses amis et ses faux ennemis, au premier comme au second tour.

Alors que les conséquences néfastes de la crise économique éclatent depuis plusieurs semaines sous la forme de plan sociaux, de suppressions d’emplois, d’un chômage en forte augmentation, l’impopularité de Macron et de ses choix politiques éclabousse aussi dans certaines villes les autres partis institutionnels, que ceux-ci soient de droite comme de « gauche »… Dans ce contexte, on assiste à une poussée de l’écologie libérale portée par EÉLV, qui polarise aujourd’hui la gauche institutionnelle. C’est le cas à Lyon, Besançon, Strasbourg, Poitiers ou Tours… Si, au vu notamment de l’ampleur de la crise climatique et des graves menaces qui pèsent sur l’avenir de la planète, les aspirations écologiques sont évidemment légitimes, la solution ne viendra toutefois pas de ceux qui, comme les dirigeants d’EÉLV, ont fait depuis belle lurette une croix sur la transformation de la société, se contentant d’un saupoudrage vert capitalo-compatible.

Pourtant face à la crise écologique, sociale et économique, il y a urgence et l’arrivée du Rassemblement national à la tête de la mairie de Perpignan, une ville de plus de 100 000 habitantEs - une première pour l’extrême droite depuis l’élection de Jean-Marie Le Chevallier à Toulon en 1995 - montre que la crise actuelle peut aussi accoucher du pire. L’élection dimanche soir de candidatEs issus de listes combatives, comme notre porte-parole Philippe Poutou à Bordeaux [2], montre que d’autres voies sont possibles, mais que s’il reste important d’envoyer dans les conseils municipaux des représentant.e.s du monde du travail et de ses luttes, la transformation ne vient pas, et ne viendra pas des urnes, surtout lorsque les campagnes électorales ne sont pas articulées aux luttes sociales et écologiques sur le terrain. C’est d’autant plus vrai face à cette crise.

L’heure est à la mobilisation générale : pour en finir avec ce système, nous ne pouvons compter que sur nos propres forces. Ces dernières semaines, les premières manifestations, celles des sans-papiers, celles contre les violences policières (notamment les violences racistes), celles pour un service public hospitalier à la hauteur des risques sanitaires, sont des encouragements. La résignation n’est pas de mise, les colères existent et doivent converger, contre Macron et ses amis capitalistes, dont l’illégitimité est confirmée par leur déroute de ce soir, et plus globalement contre la violence de tout un système qui nous précipite chaque jour un peu plus vers la catastrophe sociale et écologique. Écosocialisme ou barbarie !

29 juin, par NPA 49

[1] Le titre de “Vivre à Angers” de juin (supplément au n°431) vaut à lui seul le coup d’œil : « Christophe Béchu, maire d’Angers “Mes priorités du mandat” ». Exit le conseil municipal qui n’est plus là que pour faire valoir les priorités du prince. La dérive autocratique -qui est d’ailleurs une des causes de l’abstention de plus en plus massive- est soulignée par la maigre place laissée aux tribunes libres des trois minorités au conseil municipal : sur les 12 pages du journal, moins d’un quart de page à elles trois ! Et pourtant, C. Béchu n’apparaît que 4 fois en photo, ce qui est bien moins que d’habitude et laissait un peu de place...

[2] Avec 5357 voix, la liste “Bordeaux En Luttes” obtient 9,43% des exprimé.e.s au 2e tour et 3 élu.e.s. Elle n’a perdu que 1000 voix entre les deux tours, en dépit d’une très forte pression pour le vote utile en faveur de la liste DVG de P. Hurnic. Celle-ci l’emporte finalement face à la droite LR-LREM avec 46,48% des exprimé.e.s. Le taux d’abstention à Bordeaux est néanmoins très fort : 61,67%...