Passe sanitaire, cache-misère de l’absence de politique sanitaire démocratique

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Depuis un an et demi, la gestion de la crise du COVID par E. Macron et le gouvernement est erratique et irresponsable. Tout autant que les scandales à répétition liés à Big Pharma, le rejet de cette gestion chaotique - et du caporalisme qui l’accompagne - explique la défiance malheureusement massive vis-à-vis des vaccins. L’affaire du passe sanitaire a ajouté une nouvelle source de colère, qui explose dans des manifestations hebdomadaires un peu partout en France et à Angers (4000 personnes le 7 août). Que penser de ces manifestations où l’extrême droite essaie de faire son nid mais qui sont largement populaires et traduisent à leur manière le rejet des politiques macronistes ?

Le passe sanitaire, un cache-misère de la politique macroniste

Dans l’affaire du passe sanitaire, l’impréparation et la désorganisation bureaucratiques dominent. Le gouvernement n’a tiré aucun enseignement de ses échecs d’hier. Oubliant ses errements dans le recours aux masques ou le piteux lancement de la campagne de vaccination en janvier, il tente d’attribuer l’incomplétude de la campagne vaccinale aux seuls “antivax” et passe sous silence la corrélation frappante entre taux de vaccination et catégorie sociale afin de dissimuler son inaction sur ce terrain... Il navigue au jour le jour et continue à faire preuve d’un caporalisme obtus. Aussi, pour tout le monde depuis le 9 août, le passe sanitaire est devenu obligatoire dans beaucoup de lieux du quotidien, et pas seulement les bars et restaurants. Il faut même, désormais, le présenter à l’hôpital pour être soigné... Pire encore, les tests seront payants à l’automne, ce qui conduira bien des malades du COVID - notamment les plus pauvres - à ne pas se faire tester et à prendre le risque de propager la maladie. Enfin, alors qu’E. Macron avait promis le contraire il y a encore quelques semaines, la vaccination devient obligatoire-discriminante-ostracisante pour les personnels de santé. Après les avoir “applaudis” lorsque manquaient jusqu’aux masques et blouses de protection, après avoir même obligé des soignants malades du COVID à venir travailler, le ministre Véran les menacent maintenant de ne plus être payés s’ils ne peuvent exciper d’un passe. Là encore, au lieu d’écoute, de concertation et de travail de conviction, le gouvernement manie la trique de façon contre-productive. Dans le monde de la santé, particulièrement parmi les personnels les plus mal rémunérés et les plus exploités, la confiance dans les institutions et les politiques de santé publique ne peut pas être restaurée sans une réforme radicale : revalorisation salariale massive, amélioration immédiate des conditions de travail, arrêt des politiques de fermeture de lits et de services et de la destruction de l’hôpital public. Tout le contraire de la politique macroniste ! Et le gouvernement serait plus crédible s’il revendiquait la levée des brevets sur les vaccins, indispensable pour que les vaccins puissent être distribués sur toute la planète avant que de nouveaux variants meurtriers n’apparaissent. En se faisant au contraire le héraut des trusts pharmaceutiques, le gouvernement apporte de l’eau au moulin à ceux qui, au prétexte de dénoncer - à juste titre - les profits scandaleux de Big Pharma, jettent le bébé vaccin avec l’eau du bain. Or, les vaccins ont été élaborés scientifiquement (en grande partie avec des fonds publics !) et ils sont actuellement le seul moyen d’enrayer la pandémie.

Contre Macron, pour une vraie politique de santé publique

Il s’agit donc de résister aux injonctions gouvernementales et d’élaborer démocratiquement une politique de santé alternative. Mais faut-il pour cela s’associer aux manifestations hebdomadaires contre le passe, dont les mots d’ordre prennent prétexte de la défense des “libertés” individuelles sans envisager de politique collective ? Le débat est ouvert. Nul doute que l’extrême droite essaye de se faire une place dans ces rassemblements. Ainsi, à Angers, y a-t-on vu des drapeaux de l’Action française (fleur de lys) ou tricolores frappées du cœur vendéen... Et des dérapages antisémites ont été signalés dans plusieurs villes, sans compter les menaces physiques... Certain.e.s manifestant.e.s cèdent au complotisme, parfois même de façon délirante. L’opposition au passe sanitaire reste principalement portée par un rejet des vaccins, en conséquence de quoi l’exigence de la levée des brevets sur ces vaccins n’est pas défendue dans les cortèges alors que c’est la revendication qu’il faudrait porter au plus haut. Pour autant, il serait insultant et ridicule de ne voir dans les manifestations qu’un ramassis d’illuminé.e.s ou d’opposant.e.s d’extrême droite. Ce qui frappe d’abord est la grande hétérogénéité des manifestant.e.s, uni.e.s seulement par leur rejet quasi-instinctif des politiques macronistes, un rejet tout-à-fait justifié. Beaucoup d’anciens et toujours actuels Gilets jaunes y sont actifs et c’est l’ensemble de la ligne ordolibérale-autoritaire du gouvernement qui est de facto mise sur la sellette. Mais pour faire quoi ?

En réalité, le malaise que peuvent susciter chez certain.e.s les rassemblements anti-passe trouve son origine dans l’impuissance actuelle des organisations progressistes à y défendre de façon visible une politique sanitaire s’inscrivant dans un projet démocratique, socialiste et écologiste. C’est l’incapacité de ces organisations à constituer une alternative et une référence crédibles qui laisse le champ libre à l’extrême droite. Dans certaines villes, notamment dans le sud de la France ou en Bretagne, des pôles radicaux ont pu se constituer dans les cortèges, regroupant anticapitalistes ou anarchistes autour de mots d’ordre plus politiques, mais ce ne fut pas sans mal. À Angers également, la CGT, FO et Solidaires ont tenté de mobiliser non seulement contre la passe sanitaire en tant que nouvel outil donné aux patrons pour licencier leurs salarié-e-s, mais aussi contre les autres annonces de Macron (de la “réforme” de l’assurance chômage, massivement rejetée et qui sera d’autant plus violente dans le contexte de crise économique qui s’annonce, à la “réforme” des retraites). Jusqu’à présent, leurs propres initiatives n’ont guère eu de succès, comme celle du 21 juillet devant la préfecture qui n’a réuni que 200 militant.e.s. Et la participation syndicale aux rassemblements angevins du samedi s’est limitée à celle de quelques individus (à l’exception de FO du CHU qui a formé un cortège le 7 août, mais qui ne revendique pas la levée des brevets sur les vaccins).

C’est pourtant bien un front syndical, associatif et politique du pôle de transformation sociale et écologique qu’il s’agit de construire de toute urgence. Pour :
-  une politique de santé publique élaborée démocratiquement, cohérente et prévoyante,
-  une politique de soins préventifs à la hauteur des enjeux,
-  la levée des brevets sur les vaccins,
-  la socialisation des laboratoires pharmaceutiques sous le le contrôle des usagères et usagers,
-  la fin de l’austérité hospitalière, l’ouverture de lits, le recrutement massif de personnels hospitaliers et leur revalorisation salariale.

Ce sont ces revendications qui peuvent permettre de d’écarter l’extrême droite du mouvement en cours. Ce sont elles qui peuvent lui donner une réelle force politique susceptible de peser sur l’issue de la crise du COVID. Plus largement, face à la crise sociale, démocratique, sanitaire et écologique dans laquelle le capitalisme a plongé la planète, la perspective de l’écosocialisme doit devenir un point de repère dans tous les domaines de la vie. Ce sera la meilleure réponse aux politiques antisociales et écocidaires autoritaires défendues par la classe dirigeante et ses marionnettes politiques.

10 août, par NPA 49